

André Joing n'a pratiqué qu'un sport : le tennis de table. : La Voix du Nord PAR FRÉDÉRIC SOURICE
dunkerque@lavoixdunord.fr PHOTO JEAN-CHARLES BAYON
Quand on est arrivé à son domicile, pas loin de la digue de Malo, on a trouvé André Joing dans son fauteuil. La jambe gauche étendue sur une chaise.
Engoncée surtout, dans un plâtre. On a vite compris que la situation ne l'amusait pas. Que cette maudite rupture du tendon d'Achille, survenue la semaine passée, l'obligerait à un repos forcé dont il n'est pas coutumier. Envolées les vacances au Cap d'Agde. Disparus pour un temps les entraînements réguliers à la salle Verrièle, au club dunkerquois. « On en est réduit aux mots croisés, à 45 jours sans rien faire », rumine André Joing, qui conserve à portée de main le guide de pratique du bridge, l'une de ses passions. L'octogénaire conserve des fourmis dans les jambes. Tennis de table, bridge, randonnée, danse aussi, structurent son agenda hebdomadaire. « On fait de la danse de salon, du pasodoble. Évidemment pas du rock acrobatique... Mais celui qui reste chez lui devant sa télé est foutu » affirme l'homme.
Cette année, le Dunkerquois originaire de Valenciennes s'était fixé un défi : devenir champion du monde vétéran. Il glissait dans une nouvelle classe d'âge (85 ans, nés en 1923 ou avant) et savait qu'il pouvait convoiter les lauriers. Mission accomplie au Brésil, face à un Anglais dont il mit un set à décrypter le jeu. « J'ai perdu la première manche. Le temps de comprendre comment il jouait. Puis, j'ai gagné les trois suivantes. C'est ce qui me plaît dans le tennis de table : chercher le défaut, la faiblesse de l'adversaire. Et une fois qu'on a vu la faille, jouer en fonction ».
Il n'avait pas ménagé sa préparation, s'entraînant quasi quotidiennement salle Verrièle. Ses efforts ont payé, puisqu'outre ce titre individuel, il a ramené une médaille d'argent de Rio, dans un double mixte joué avec un pongiste allemand.
La relation entre André Joing et la petite balle est une longue histoire. Elle se dessine à l'enfance, à Valenciennes. « Mon père était décédé.
Ma mère a repris un café. Notre maison était au 88, rue de la rue. Le café au 92. Il y avait une table de ping-pong. On jouait donc contre ceux qui le souhaitaient. Je n'ai pas fait d'autres sports. Pourquoi le cacher ? On n'avait pas beaucoup de moyens et le tennis de table est un sport qui ne coûte pas cher ».
À sa splendeur, à la fin de la seconde guerre mondiale, André rentre dans le Top 500 français. « En 1947, je me suis marié à une Gravelinoise. Elle ne voulait pas que je joue. J'ai arrêté ». Une éclipse de vingt ans, un retour furtif d'une année pour mettre le pied à l'étrier du fiston. Et vingt nouvelles années sans ping. « On s'est séparé avec ma femme. J'ai alors repris à 65 ans. Et j'ai recommencé en fait ce qui m'avait été interdit ».
Pas une mauvaise idée. Et dans ses aventures, il est suivi par Angèle, la soeur aînée. Élevée aussi au ping dans le café familial, elle fut championne de France toutes catégories en 1946. En 1994, elle se cassa la jambe, fut opérée dans la foulée du col du fémur. Mais n'abandonna pas pour autant le jeu. À le voir sur sa chaise, on a vite compris qu'André Joing imagine pareille trajectoire. Reprendre et vite.
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